Au pays des cariboux et du sirop d’érable

Cela faisait déjà un long moment, un très long moment, que je devais faire un article sur mon passage au Canada.

Comment vous raconter cela ?
Mmmmmh…
Je suis venu, j’ai vu et j’ai été vaincu.
Simple, court, clair.

Vous voulez plus que cela ?
Bon, d’accord.

Tout d’abord : pourquoi suis-je allé au Canada ?
Pour le boulot.
En ce temps là, j’étais plus jeune, j’avais plus de cheveux, mais moins longs. Je venais de faire mon stage de fin d’études – obligatoire pour finaliser ma deuxième dernière année d’école d’ingénieur – et il s’est avéré que dans la société où j’avais fait ce stage, une place venait de se libérer dans la succursale canadienne. A l’issu d’un entretien téléphonique et d’une négociation sur le salaire menée par mail – et par mon responsable de l’époque, tellement j’étais pas doué – je me retrouvais donc avec un contrat en poche pour commencer début septembre 2002 au Canada, à Montréal.  A ce moment là, nous étions… fin Juillet. Je n’avais même pas de passeport. Chose qui fut rectifiée le 5 août. Je n’avais pas de visa de travail. Chose qui fut réglée à la douane lors de mon débarquement  2 jours avant de commencer le taff. Bien évidement, un certain nombre de formalités avaient été accomplies avant, et je bénéficiais d’un programme particulier étant donné qu’on me faisait passer pour un expert de la programmation d’interfaces de communication avec la bourse allemande des produits dérivés. – J’avoue quand même y connaître quelque chose vu que la moitié de mon stage avait porté sur la réalisation d’un tel programme. -
 Je débarquais donc la fleur au fusil, en septembre 2002, avec une grosse valise, un gros sac, un sac à dos, un appart’hotel payé pour un mois – $$$$ par semaine – par ma nouvelle boite et €€€€ euros en poche.
En y repensant, c’est la décision la moins planifiée, le voyage le moins préparé que j’ai pu faire de mon existence. – Pour l’instant assez courte. –
Il y a des jours, j’ai envie de recommencer. De tout plaquer à nouveau. De partir. Loin. D’essayer de repartir à zéro. Mais bon… Il y a le chat, que je ne peux plus laisser à ma soeur. Il y a aussi quelques personnes auxquelles je tiens un peu, voire beaucoup. Et puis, ça n’a pas marché la première fois…

Qu’ai je fais au Canada ?
Et bien… J’y ai travaillé. Et puis c’est à peu près tout. J’y étais allé pour ça. Et puis… Quand on est un geek asocial, qui a un peu beaucoup de mal à lier des liens avec les gens… J’ai bien eu quelques relations que je qualifierais d’amicales là-bas. Mais toujours avec des collègues.
Je me suis donc abruti dans le travail. La première année, j’ai fait 6h – 18h. Avec un certain nombre de week-ends travaillés. Et quasiment sans congés. Juste un ou deux arrêts maladies conséquences  d’un jour d’avril passé à marcher dans la neige sans avoir pris mes précautions…
Au bout d’un an, j’ai pris une semaine de vacances, revenant en France pour voir la famille et les amis. Et un week-end prolongé, passé à Toronto pour la Worldcon 2003.
La deuxième année, un de mes collègues est parti. Il fut remplacer par ce qui allait devenir mon premier sous-fifre. Qui fut affecté rapidement aux journées commençant à 6h. Et moi, je pouvais enfin débarquer plus tard. Vers les 7h. Bon, d’accord, dans la pratique, il était tellement à l’heure et tellement compétent que l’on m’appelait souvent au téléphone, généralement quand j’étais sous la douche, pour me dire qu’il fallait que j’arrive en urgence.
C’est aussi à cette période que j’ai commencé à faire des voyages réguliers vers notre bureau de Toronto. Où, lors de la troisième année, on embaucha mon deuxième sous-fifre. Embauché uniquement parce qu’il avait une relation sexuelle avec l’un de nos clients. Et c’est authentique. Nous avions le choix entre quelqu’un de compétent et lui… Le vice-président en charge de cette branche eu raison du bon sens…
Quand aux vacances, j’en prenais deux fois l’an, en Mars et en Septembre, et je rentrais en France. En Mars pour y skier et pour le Salon du Livre. En Septembre pour glander. C’est lors d’un de ces voyages que je décidais à rentrer définitivement en France. Je n’avais pas réussi à me faire des attaches suffisantes pour avoir envie de rester au Canada. Si je devais changer de boîte là-bas, j’aurais fini chez l’un des concurrents, pour faire la même chose, dans les mêmes conditions.
Attention, je travaillais peut être comme un dingue, mais, à côté, je palpais quand même pas mal. A la fin, je doublais mon salaire avec mes primes. Aujourd’hui encore, à niveau de vie comparable, je touche environ 33% de moins qu’à l’époque. Mais là, j’ai compris que l’argent ne faisait pas le bonheur. Il aide certes mais il ne le fait pas. Il faut déjà qu’il y ait quelque chose à la base. Et ce bonheur, je ne l’avais pas trouvé au pays du sirop d’érable.
Et des fois… Quand la grisaille et la noirceur l’emportent, je me demande si je l’ai trouvé ici aussi.

Qu’est ce que j’ai vu au Canada ?
 J’ai honte de le dire mais… Pas grand chose… Déjà, je n’ai pas le permis. Et je ne pense pas l’avoir un jour. Et sur le continent où la voiture est reine, c’est un peu gênant pour les déplacements.

Montréal
J’ai principalement vécu là-bas. C’est une ville agréable. Les gens y sont fort sympathiques. Par exemple, la première fois où je suis allé faire des courses pour m’équiper, une caissière a accouru vers moi – Oui, je sais, une fille qui court vers moi, c’est impensable… – pour me décharger, mettre tout à côté de sa caisse et me dire de ne pas m’inquiéter et de continuer à faire mes courses, elle surveillait tout. De même, dans les librairies, quand je commençais un peu à avoir des livres plein les mains, il y avait toujours quelqu’un pour venir m’aider.
Des gens aimables dans les magasins, partout… Mon Dieu mais quel choc par rapport à la France. Nous sommes certes la première destination touristique au monde, mais franchement, nous sommes les pires au niveau accueil.
Montréal jouit d’un climat assez… rude… Hostile la Nature comme dirait un certain comique français. C’est le moins que l’on puisse dire. – 30° l’hiver, avec des pointes à -45° avec le vent, c’est dur. Surtout quand vous allez au travail à pieds vu que vous êtes à moins de 10 minutes de celui-ci. Deux mètres de neige en moyenne. Et ce, de Novembre à Avril. Occasionnellement, vous avez aussi des averses verglaçantes, qui laissent un ou deux centimètres de glace partout… Quand vous habitez dans une côte, c’est.. mortelle… Surtout à 5h du mat’…
L’été, il fait… 35°. Et humide… Le Saint-Laurent et les lacs et étangs alentours génèrent beaucoup de vapeur d’eau. Et sont de généreux nids à moustiques…
Une chose : la ville souterraine est une légende. Au mieux, elle s’étend sur un carré d’une dizaine de blocs de côté, en centre ville.

Toronto
Ma bête noire. Je hais cette ville. Déjà, parce qu’elle est terriblement américaine. Ensuite parce que les gens y sont largement moins sympathiques.
J’y ai passé quand même pas mal de temps. La dernière année, j’ai estimé mon temps de présence là-bas à trois mois. J’y allais généralement les Lundi et Mardi, passant la nuit dans un hôtel hors de prix où j’avais ma chambre attitrée. Lors de mes séjours à Toronto, encore plus qu’à Montréal, je m’abrutissais de travail.

Winnipeg
Je n’y suis allé qu’une fois. Pour le travail, encore une fois. Nous y avions un petit bureau avec cinq personnes.
J’en garde le souvenir d’une petite ville de campagne typiquement nord-américaine, perdue au milieu des champs, avec un vent dingue.

Québec
Là aussi, je n’y suis allé qu’une fois, lors de la visite d’une partie de ma famille. Une ville intéressante. Mais au milieu de l’hivers… J’avoue que je n’ai jamais eu aussi froid que là-bas.

Oui, je sais… Je suis désespérant. Je suis allé vivre dans un autre pays pendant trois ans et c’est tout ce qui en ressort.
Est-ce que je retournerais au Canada ? Peut être. En touriste. Pour y vivre ? Il me faudrait plus qu’un travail là-bas pour que je le fasse.
Ca a été une superbe expérience. Tant humaine que professionnelle. Même si aujourd’hui, c’est surtout le gain professionnel qui est le plus remarquable.

 
Eventuellement, si vous souhaitez plus de précision sur tel ou tel point, posez votre question dans les commentaires et je ferais un article complémentaire.

1 réflexion sur « Au pays des cariboux et du sirop d’érable »

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