Malédiction

Tiens, pendant que j’attends la fin d’une copie de données interminable au boulot, je mets ici un de mes rares crimes contre la littérature, fort heureusement rejeté.
Attention, c’est mauvais. 

Un pas.
Un autre.
Encore un.
Avancer, toujours, encore, sans arrêt, sans répit.
Le désert est sans fin. Les dunes, balayées par le vent, par delà l’horizon. La poussière, tourbillonnante, lui arrache l’épiderme. Mais il n’en a que faire. Sa peau est desséchée, crevassée. Il n’est plus qu’une momie, un cadavre ambulant, sec et cassant. La poussière pénètre dans sa gorge, sa trachée, ses poumons. Mais tout est déjà parcheminé. Et malgré cela, sa soif est attisée. La soif. Depuis le temps, il aurait cru qu’elle aurait disparue. Mais elle est toujours présente. Insistante. A rendre fou. A le rendre fou. Et il l’est devenu. Fou. Sinon, comment peut-il supporter ce qu’il devient ? Un corps errant dans l’immensité sablonneuse. Condamner à redevenir poussière. Condamné à payer.

Il se rappelle.
La mission. Aller dans les différentes communautés qui parsemaient ce désert pourtant réputé sans vie. Passer dans chaque village, campement, rassemblement de tentes, grotte, dans tout ce qui pouvait abriter une vie humaine. Et transmettre le message. Que les choses avaient changées. Qu’un nouvel ordre était au pouvoir. Qu’une fois encore, le désert immuable était revendiqué par un nouveau maître.

Il se rappelle.
L’arrivée dans cette petite oasis. Cette minuscule tâche verte au milieu de l’ocre sans fin du désert. Ces plantes, ces arbres irrigués par ce petit point d’eau. Une promesse de fraîcheur relative, à l’abri de quelques cahutes. Une eau, qui étancherait la soif et apaiserait mieux les gosiers, desséchés et irrités par la poussière, que la mélasse tiédasse et au goût métallique qui restait au fond des gourdes et des bidons.

Il se rappelle.
La petite cinquantaine d’habitants crasseux du lieu. Surpris de l’arrivée de ces quelques soldats, en tenue de combat, trempés, puant la sueur. De ces étrangers donnant l’impression de sortir d’un four, tellement ils semblaient cuits et recuits. Ce qui dans un sens était vrai. Même la meilleure climatisation du monde n’aurait pu calmer les ardeurs du soleil tapant, cognant sur leur véhicule, faisant grimper à l’intérieur la température au-delà du supportable.  Et cette poussière infernale qui s’infiltrait partout, faisant souffrir les équipements comme les hommes. Les forçant à épuiser plus rapidement que prévu leurs réserves.

Il se rappelle.
Lui, le chef de cette petite troupe d’envahisseurs, en train d’annoncer à cette population que désormais les choses allaient changer. Que leurs nouveaux maîtres venaient d’au-delà du désert, d’au-delà des mers. Eux avaient le sourire au bord des lèvres. Ici, au plus profond de ce que cette terre avait de plus aride, ils vivaient tranquillement à l’écart de tout et de tous. Le sort du reste du monde ne les intéressait pas. Nul ne se souvenaient d’eux, si ce n’est quand un nouveau prédateur humain décidait de marquer son territoire, après avoir vaincu son prédécesseur. Alors là, les laquais se remémoraient leur existence, et venaient prêcher la nouvelle bonne parole.

Un pas.
Un autre.
La chute. Le sable glissant, instable, l’a encore trahit. Il descend la dune dans un tourbillon de sable et de membres. Une fois au bas de la pente, il essaye de se relever. Il aimerait tellement pouvoir s’arrêter un instant, mais il ne le peut. Il doit continuer. Ses membres craquent. Son uniforme n’est plus qu’une charpie. Eut-il encore un odorat, il se serait étouffé à l’odeur dégagé par ces quelques lambeaux et par celle de son corps. Aussi sec qu’il puisse être, le cadavre qu’il est pue encore.
Enfin, il se relève et reprend sa route sans fin.

Et il se rappelle.
De ses soldats renouvelant leur réserve auprès du point d’eau, pendant que lui haranguait en vain la petite foule. Ces jeunes conscrits qui jouaient avec l’eau tout en accomplissant leur tâche. Gaspillant l’eau. Quoi de plus normal après tous ces jours passés à cuire dans ce transporteur inconfortable.
De cet indigène qui alla leur demander de faire attention. Qui essayait de convaincre ses troupes que l’eau était une chose bien trop rare, bien trop précieuse pour la sacrifier ainsi sans but. Il tenta de leur faire passer le message par la parole tout d’abord. Puis, devant le mépris et l’indifférence de ses interlocuteurs, il tenta une approche plus physique.

Il se rappelle.
Ce qui fit tout basculer. La détonation. Le silence qui suivit. La surprise sur le visage de la victime. Le bruit de la chute du corps. L’arme encore fumante dans les mains de son subordonné. La foule qui se mit soudain à hurler. Il  rejoignit en toute hâte ses hommes. Leur ordonna de mettre en joue ces gens qui venaient de voir l’un des leurs se faire abattre comme un chien.  De contenir ces êtres qui désormais cherchaient à venger leur mort.
Les cris fusaient. La haine faisait luire les regards de façon malsaine. Et les ordres qu’il donnait, qu’il hurlait, ne pouvait conduire à un apaisement de la situation. La populace devenait de plus en plus menaçante. Des pierres se mirent à voler. Une d’entre elles l’atteignit à la tête. Il fut sonné. Du sang se mit à lui couler devant les yeux. Chaud. Bouillant. Son odeur lui emplit les narines. Il sortit son arme. Visa vaguement. Tira au hasard sur l’une des silhouettes. Ses hommes suivirent son exemple.
En quelques secondes, une dizaine de corps rejoignirent au sol celui de la première victime, abreuvant le sol de leur sang.  La foule se dispersa. Les malheureuses cibles fuirent, se mirent à l’abri, cherchant un refuge contre les balles de ces bouchers étrangers.

Un pas.
Un autre.
Toujours plus loin. Toujours plus difficile.
Il n’est plus qu’un squelette auquel s’accrochent encore quelques lambeaux desséchés. Et quelques tendons. Juste de quoi maintenir les os ensemble. Et le contraindre à continuer.

Il se rappelle.
Une fois la foule dispersée, la clameur des détonations apaisée, les indigènes se terrant dans le trou le plus sombre et le plus profond possible, il ordonna à ses hommes de reprendre le renouvellement de leurs réserves. Une partie d’entre eux demeurant l’arme au poing, prêts à repousser une nouvelle vaine tentative des locaux de venger leurs morts.
Le ravitaillement terminé, il décida de donner une leçon à ceux qui avaient osé le menacer. Ceux qui avaient fait couler son sang. Il fit jeter les cadavres dans le point d’eau, le souillant. Les habitants seraient forcés de quitter cette oasis pour trouver une nouvelle source d’eau potable.
Alors que la tâche macabre s’accomplissait, une vieille femme sortit de son abri. Flétrie. Sèche. La haine dans le regard. Elle lança des paroles terribles. Des paroles porteuses de hantise. Des mots qui glaçaient le sang.  La promesse d’une agonie sans fin. Une malédiction.
Il hésita à l’abattre. A quoi bon. Elle ne survivrait sans doute pas à l’exil qu’il venait de lui imposer. Lui et ses hommes remontèrent dans leur véhicule et quittèrent la petite communauté vouée à l’extinction.

Il se rappelle.
Quand, quelques temps après leur départ, le transporteur tomba en panne. Quand ils découvrirent que leur réserve d’eau s’était évaporée. La panique les envahit.  Ils se disputèrent sur la marche à suivre, sur les causes de ces incidents. Le ton monta. Il décida que seul, ses chances de survie seraient grandement améliorées.
Il les prit tous par surprise. Il n’eu aucune pitié. Froidement, il abattit ses subordonnés. Il récupéra ce qu’il pouvait sur les corps et dans le véhicule et se mit en route vers ce qui devait être la prochaine étape de leur mission. Il se mit en marche, un pas devant l’autre.

Un pas.
Un autre.
Au loin, l’horizon se barre d’un bleu différent. Il s’approche de la mer.

Un pas.
Un autre.
Il s’en approche de plus en plus. Fut-il encore humain, il aurait pu sentir les embruns sur sa peau. Il aurait pu sentir l’odeur de l’iode. Il aurait pu entendre le ressac.

Un pas.
Il chute.  L’un de ses tibias vient de se désagréger. Il tombe petit à petit en poussière. Il n’aura pas la possibilité d’atteindre l’océan. Même dans la mort, l’eau lui est désormais refusée.

 

Lobotomisez-moi

Avoir des idées de bouquins et aucun talent est l’une des choses les plus chiantes possibles. Généralement, cela aboutit à des œuvres qui pourrissent dans un coin chez un éditeur, en attendant que celui-ci trouve le temps de faire une lettre de refus. La frustration de l’attente et du manque de reconnaissance est terrible chez l’auteur.

Avoir des idées de bouquin, aucun talent et ne pas avoir le temps / ne pas se donner le temps de les mettre sur le papier – expression désuète en cette ère numérique qui a vu le manuscrit se transformer en tapuscrit… – est encore plus chiant. Car l’auteur est alors encore plus frustré de ne pouvoir commettre son crime contre la littérature. Il ne peut alors que se blâmer, plutôt que de pouvoir déverser sa bile sur l’éditeur.

Je suis dans ce cas-là. J’ai des idées. J’ai un fichier Word qui les recense – en partie seulement. J’essaye d’en oublier le plus possible. – qui augmente. J’ai des débuts de crimes qui trainent dans des .doc sur mon bureau Windows, attendant une vaine période de folie pour qu’ils progressent.

Des idées vraiment connes…
Genre, quand je pense que les trilogies, ça commence à bien faire. Que les gentils sont vraiment chiants.
Ca donne un truc du genre :
– Alors, on va faire un bouquin où on suivre l’éducation d’un gentil qui doit sauver une ville de l’invasion par un gros méchant. Et à la fin, paf – oui paf, et pas pif le chien -, le gentil il finit dans le caniveau et le grand méchant il gagne.
– Oh, et puis on peut faire une suite. Avec les conséquences de la victoire du grand méchant. Et l’accession au pouvoir d’un de ses fils. Fils qui, à la fin, va faire LA connerie à ne pas faire.
– Et donc tome 3, un gentil poutre la gueule au méchant.
Et l, je suis franchement emmerdé parce que j’ai une trilogie où les gentils gagnent à la fin… – Enfin, si on veut >:) –

Donc, dans ce cas là, pourquoi ne pas faire un tome 4. D’ailleurs, j’ai une idée à la con qui traine et qui par sur la base de la victoire d’un gentil. Mais il manque dans la trilogie un des éléments essentiels sur lequel repose cette idée. Dommage…

Autre idée à la con : une uchronie où le 14 Juillet 1789, la prise de la Bastille a été un échec.

Encore plus con : je suis un peu gavé des romans avec des vampires qui sautent tout ce qui a deux jambes et deux seins. Donc, résultat, une idée de bouquin avec un personnage principal vampire et dont la première ligne devrait ressembler à : « Vas-y, prends-moi toute, Grand Ténébreux ! ».

Pire : du post invasion zombie où les zombies servent de nourriture aux survivants.

Encore pire : de la SF, avec des vaisseaux ressemblant à nos sous-marins (voire à des U-Boats), avec des pilotes qui sont des lapins blancs aux yeux bleus à tendances aryennes et avec des moules à gaufre.

Lobotomisez-moi par pitié…

Intro à la con v 0.1

Ceci est un semblant d’introduction à une nouvelle qui ne sera sans doute jamais écrite.
L’une des idées de base vient d’un appel à texte depuis longtemps clos. – Dans 95% des cas, j’ai mon idée à la con qui peut servir de base à une nouvelle que trois à quatre mois après la clôture du dit appel à texte. – L’autre vient d’un petit échange de messages avec un ami, qui, lui, sait écrire et même des trucs que j’aime bien.

Bon alors, le début du crime contre la littérature :

Nous vous avons menti. Depuis le début.
Et nous continuerons. Tant que nous le pourrons. ou jusqu’à ce que cette vérité si difficilement travestie soit révélée au grand jour.
Notre secret le plus sombre…
L’Informatique, c’est de la Magie. De la plus noire et sanglante espèce.

Et la version pour que Shakespeare fasse des bons dans sa tombe :

You have been lied to. Since the beginning.
And you will still be, until the End. Or until we can not hide anymore the truth.
Our darkest secret.
I.T. is Magic.
And mostly black and bloody.

 

Bon, et maintenant, je vais me servir du papier où j’ai griffonné ça pour aller foutre le feu au bureau.

Jusqu’à la nuit…

Je profite de mes retrouvailles avec ma connexion à la maison pour mettre en ligne un "vieux" truc assez mauvais.

Je ne suis content, ni du titre, pourri et trouvé à la va-vite, ni de la fin, pourrie et faite à la va-vite…
A la base, c’est une "image" que j’ai eu une nuit à Epinal en 2007 en regardant le ciel la nuit et en me rendant compte que  ça faisait des années que j’avais pas vu un ciel étoilé… C’est le problème de vivre dans une grande ville, où l’éclairage urbain fait en sorte que tu n’ai pas envie de lever la tête la nuit… C’est bien l’un des rares trucs qui me manque de mes week-ends dans la campagne profonde française que je subissais quand j’étais môme…
L’image, c’était celle d’un vieux, allongé sur la pente d’une colline, dans une ville déserte, en train de mourir en regardantr les étoiles.

 

La douleur. Brève, soudaine.
La douleur. Qui prend Erwann par surprise et aux tripes.
La douleur. Qui n’est jamais un bon signe. Car Erwann n’est plus tout jeune.
La douleur. Qui arrive quand elle n’est pas la bienvenue. En ce début de soirée, alors qu’il se prépare à recevoir sa famille. Cette famille qu’il ne voit que trop rarement à son goût. Qui a éclaté au fur et à mesure des années et du destin de chacun. Qui est la preuve de son amour pour feu Ilda.
La douleur. Qui le plie en deux. Qui n’a pas de raison d’être. Le bon docteur Eugène lui a bien dit qu’il était en parfaite santé lors de son dernier bilan. Que si toutes les personnes du troisième âge se portaient aussi bien que lui, le trou, que dit-il, le gouffre, de la Sécurité Sociale n’aurait pas lieu d’être. Ce brave praticien, qui le suit depuis des années, connaît parfaitement son état. Depuis des années… Il est vrai que le médecin, aussi, n’est plus de toute fraîcheur. Qu’il aurait dû prendre sa retraite il y a quelques temps. Mais qui a préféré continuer pour s’assurer une rente un peu plus confortable.
La douleur. Horrible. Un coup de poignard dans le ventre. Qui frappe à l’heure où le soleil commence à peine à mordre sur l’horizon.
La douleur. Atroce. Qui le paralyse. Alors qu’il cherche désormais à atteindre son téléphone. Qui lui coupe le souffle. Alors qu’il doit appeler à l’aide. Les quelques sons qui sortent de sa bouche sont couverts par la radio, qui annonce que la planète sombre dans la folie. Et de toute façon, il n’y a personne d’autre que lui dans cette grande maison vide, pleine de souvenirs et de fantômes.
La douleur. Qui a finalement raison de lui et lui fauche les jambes. Et alors qu’il va pour rencontrer le sol la tête la première, Erwann a une brève pensée pour ses filles et ses petits-enfants, et le choc qu’ils auront en le trouvant inanimé à terre.

****

Réveil.
Douleur. Sourde. Que ne masquent qu’avec imperfection les calmants. Points de suture qui tirent. Sensation d’étouffement. L’appareil respiratoire gêne et irrite. Sensation de soif.
Chambre d’hôpital. Blanche. Avec de grandes fenêtres. Et les bip-bips des appareils de surveillance.
Erwann reprend peu à peu ses esprits. Une fois de plus, il a survécu à l’opération. Une fois de plus, l’équipe du Professeur Josef a trouvé le moyen de prolonger un peu plus son existence. Une fois de plus, il se réveille avec une partie de lui qui n’est pas d’origine. Cela a beau ne pas être sa première greffe, il a toujours cette sensation qu’il partage désormais son corps avec un autre. Mais il le sait, l’impression ne durera pas.
Orange. Rouge. Violet. Les fenêtres permettent de voir ce soleil qui disparait à moitié par delà la courbe terrestre, en colorant le ciel d’un mélange de couleurs improbables. Soleil couchant qui étire les ombres et qui baigne de ses dernières lueurs cette chambre que n’occupent que le malade et les appareils qui contrôlent son bon rétablissement. Chambre que rien ne vient décorer. Aucun bouquet. Même pas ne serait-ce qu’une simple fleur. Car désormais, Erwann est seul. Seul. Sa famille n’est plus. Filles, petits-enfants, arrières petits-enfants, il ne reste plus personne.  Victimes d’un monde qui explose. Victimes de la folie des hommes, qui fait dresser le Sud contre le Nord, le Blanc contre le Noir, le Riche contre le Pauvre, qui fait ressurgir les guerres de religions. Victimes qui s’entassent. Victimes qui servent à fournir les organes nécessaires au maintien en vie de nombreuses personnes âgées. Qui permettent aux « Vieux » de s’accrocher désespérément à la vie. Des anciens, dont le savoir est précieux. Car les jeunes générations payent le prix de décennies de politiques d’abrutissement, et ne sont plus bonnes qu’à servir de chair à canon sur les fronts des guerres qui embrasent le globe.
Erwann ricane. Il est bien possible que certains membres de sa famille aient fourni des pièces détachées pour quelqu’un dans la même situation que lui. Voir même pour lui.
Erwann ricane. Mauvaise idée,  les points tirent, la douleur revient. Mauvaise idée. Il est déjà assez gênant de devoir passer sur la table d’opérations à chaque fois qu’un des organes de ce corps défaillant lâche, alors il n’est pas question qu’il y retourne parce qu’il a abusé de ses forces à son réveil.
Mais il n’a qu’une envie. Quitter cette chambre. Cette chambre vide. Ce vide qui le force à penser à sa solitude. Quitter cette chambre et rejoindre ceux qui, comme lui, ont été rappelés dans la vie active par manque de personnel d’expérience. Rappel qui est loin d’être une corvée. Car il a de nouveau l’impression d’être utile et de ne plus être un poids pour la société.
Sortir. Il veut sortir d’ici. De ce lieu qui le transforme petit à petit en mort-vivant.

****

Enfin dehors. A l’air libre.
Enfin, pas tout à fait. A l’air libre dans le véhicule qui l’emporte loin du centre de rajeunissement. Il y a bien longtemps qu’être vraiment à l’air libre signifie une mort lente et douloureuse. Entre les résidus des champignons de l’Apocalypse qui fleurirent sur les plaines alimentées par le Tigre et l’Euphrate, et les nuages d’agents chimiques et biologiques qui furent déversés sur les terres bordées par la Grande Muraille, il y a bien longtemps que l’air pur est devenu un mythe.
Enfin sorti. Cette cure lui a paru bien longue. Les médecins semblaient ne pas être d’accord sur son état. Un problème lié au cerveau. Le seul organe que l’on ne peut toujours pas remplacer. Un problème lié à la perte de neurones, qu’on ne peut toujours pas endiguer. Partiellement compensée par divers implants, pour la mémoire ou le traitement d’informations. Un problème concernant la « fibre morale », le « sens de la justice » et d’autres notions aussi aberrantes.
Foutaises. Charlatans. Il ne s’est jamais senti autant en forme. Il a l’impression de retrouver ces vingt ans. Un corps neuf. Que des morceaux sains. Que des parties prélevées sur les réfugiés les mieux portants. Des jambes de sprinter africain, des yeux de jeune péruvien, une peau de bébé, de bébés ukrainiens. Un corps on ne peut plus sain. Et ne dit on pas « un esprit sain dans un corps sain ».
Erwann rie. Rie à pleine gorge. Un rire qui donne des frissons à son chauffeur.
Erwann rie. Qu’il fait bon dans ce nouveau corps. Qu’il fait bon d’être un des maîtres de cette nouvelle société, où un petit nombre d’anciens peut prétendre à l’Immortalité. Une époque où, au lieu d’être parqués dans des mouroirs à agoniser sans fin, ils sont vénérés, choyés et où tout est fait pour les garder en vie le plus longtemps possible, pour que leurs connaissances servent à reconstruire ce monde ruiné.
Erwann rie, alors que son véhicule le transporte en direction d’un soleil qui darde ses derniers rayons, et la lumière des premières étoiles commence à essayer de traverser les nuages de miasmes et à perdre une nouvelle fois le combat contre les lumières de la ville.
Erwann rie, se prenant pour un cowboy solitaire progressant vers le soleil couchant.

****

La nuit est tombée. Et tout n’est que silence.
La nuit est tombée. Et aucune lumière ne brille.
La nuit est tombée et les étoiles brillent d’un éclat froid et sans âme. Nul nuage ne les masque. Il n’y a plus un souffle d’air. Nulle atmosphère n’est là pour les faire scintiller.  Le monde est mort. L’Homme a réussi l’impensable. Tuer tous les êtres vivants et rendre une planète stérile.
La nuit est tombée et Erwann se traîne dans les rues. Il y a bien longtemps qu’il n’a plus besoin de respirer. Il y a bien longtemps qu’il a abandonné les contraintes de la chair. Il n’est plus que de plastique, d’acier, de cuivre, mais la douleur est de retour.
La douleur. Toujours et encore. Une douleur psychosomatique.
Il paye le prix de sa folie. Il paye le prix pour avoir accepter de pactiser avec le Diable et avoir voulu la vie éternelle. Il paye le prix de ne pas avoir su refuser le pacte faustien.
Erwann se traîne et se  traite de vieux fou. Il aurait du embrasser la Mort depuis bien longtemps. Rejoindre Ilda et les enfants. Mais la solitude est son fardeau à jamais. La Terre est devenue son Enfer personnel.
Erwann se traîne. Le poids des années pèse lourdement sur ses épaules de titane.
Erwann se traîne et rejoint ce qui fut un petit parc. Il se pose sur une gentille pente, au milieu de brins noirs, derniers résidus d’un gazon autrefois verdoyant.
Il lève les capteurs, qui lui tiennent lieu d’organes de vision, au ciel et s’abandonne dans la contemplation des étoiles. Ces étoiles qui furent si longtemps masquées par la pollution des hommes.

Et sans un bruit, doucement, tout s’arrête. Rien n’est éternel. Ni Erwann, ni l’Enfer. Le dernier Homme n’est plus. Les étoiles jettent un dernier éclat et s’éteignent, nul n’étant plus là pour les admirer.
Et au dernier Crépuscule succède une Nuit noire, totale, absolue.

 

 

Pas de nouvelle…

Bon, c’est l’elfe qui a gagné pour la prochaine nouvelle. Evidement, pour des raisons professionnelles, je n’ai pas eu le temps de travailler dessus…
Donc pour compenser, un petit aperçu du procesus d’évolution de la chose…


L’idée de base, encadrée en bleu.


Le plan qui en a été tiré.


Le premier jet qui correspond à la partie encadrée en rouge.

Une fois le premier jet terminé, je le décrypte – j’écris vraiment comme un porc – et je le tape, en améliorant, en essayant de ne pas oublier de prendre en compte les remarques que j’ai mis dans la marge, pour donner un deuxième jet.

Deuxième jet que j’imprime – je suis très papier – pour relire, corriger, améliorer, etc etc etc…
Jusqu’à ce que j’en sois satisfait… Ce qui prend généralement du temps…

Nouvelle pas top…

J'aime pas…
Sérieux… Trop court, pas tout à fait ce que je voulais…
C'est la Muse qui m'a forcé… Elle me titillait, me disait "Mais vas-y, fais cette nouvelle. Ca changera de tes idées habituelles…" Mouais… Pas terrible… Et surtout, je retombe sur ces fameuses idées habituelles…
Pas grave… Je la mets en ligne et puis… Et puis, dans 2 / 3 ans, j'en ferais une nouvelle version… Et 3/ 4 ans après une autre…
Et je me force pour en faire une autre (de nouvelle) pour la semaine prochaine… Pour l'instant, j'hésite entre le chat, l'elfe ou l'IA… (Nan, ca ne finira pas en une IA qui subit le traitement du Chat de Schrödinger tout en fourrant un elfe…)
Et en plus, je peux pas mettre le titre parce qu'il gâche tout…

 

Sa tâche était simple. Il l’avait déjà accomplie bien des fois les jours précédents. Simple et essentielle. Mais, cette fois, quelque chose était différent.
Barry White roucoulait à la radio, et dans la cabine de douche, une femme se préparait à l’un des moments les plus importants de sa vie. Cette femme, dont les formes se devinaient derrière le jeu de la mousse et de la buée. Cette femme dont il devait sceller l’amour  avec l’une de ses flèches. Cette femme. Il ne pouvait s’empêcher de la regarder, de l’inspecter, de chercher tous les petits détails de son corps qui se dévoilaient et se dissimulaient alternativement tandis qu’elle se savonnait. Cette femme dont il admirait le galbe des seins et la finesse de la peau alors qu’il aurait du se concentrer sur sa mission.
Cette femme. Cette femme. Cette femme !!!!
Il ne pouvait définir ce qu’elle suscitait en lui. C’était nouveau, c’était étrange. Il n’était pas préparé à ressentir ce genre de choses. Ressentir ? Serait-ce là le problème ? Il éprouverait quelque chose ? Mais que pouvait donc déclencher en lui la vision de ces interminables jambes luisantes d’eau ? Interminables, mais qui aboutissaient à cette toison mystérieuse, toison dont il ne pouvait détacher son regard, regard qui se perdait dans ces boucles brunes.
Il ne comprenait pas. D’où lui venait donc cette obsession ? Personne ne lui avait dit que ce genre de choses pouvait se produire quand il avait accepté de faire ce remplacement. Nul ne lui avait dit qu’il éprouverait une telle attirance pour une de ses cibles. De l’attirance ? Il avait enfin comprit. Cette femme l’attirait… l’attirait et provoquait aussi autre chose en lui. Quelque chose que les siens n’étaient pas censés connaître, ni même ressentir. De l’attirance… Et du désir. Il désirait cette femme. C’était impossible. Mais pourtant… pourtant cela se produisait. Tout en cette femme faisait vibrer son corps. Il la désirait de tout son être. Mais que donc se passait-il ? Lui dont on disait que les siens n’avaient pas de sexe. Alors pourquoi quelque chose durcissait en lui ? Pourquoi voulait-il la prendre ?
Il n’en pouvait plus. Il lui fallait cette femme. Elle ne pouvait être pour cet homme grotesque pour laquelle elle se faisait belle ? C’était une erreur. Elle était pour lui. Lui ! Et nul autre. Et cette flèche de l’amour leur était destinée. Et scellerait leur amour immortel ! Au Diable toutes leurs soit disant règlements.
D’un simple geste, il banda son arc et décocha son trait. Le projectile fusa, transperçant la buée et… fusionna avec la cible plus qu’elle ne la transperça. Celle-ci n’eu aucune réaction, et sembla ne rien remarquer.
Il se décida alors à apparaître, surgissant de nulle part.
La femme l’aperçut. Un homme. Grand. Beau. Avec des ailes. Mais cela ne la gênait pas. Il était celui qu’elle attendait. Il était son âme sœur, celui qui lui était promis depuis toujours.
Il entra dans la cabine de douche. Leurs bouches se joignirent. Leurs corps aussi. Plumes et mousse se mêlèrent. 

Tout à leurs ébats, ils n’entendirent pas la porte de l’appartement s’ouvrir puis se fermer. Leurs gémissements et leurs cris couvrirent les bruits de pas. Complètement obnubilés l’un par l’autre, ils ne remarquèrent pas le promis qui se tenait sur le seuil de la salle de bain. Ils ne le virent pas davantage partir et ne portèrent pas plus d’attention à son retour, un couteau à la main.
Les cris de jouissance furent remplacés par des cris de douleur et d’horreur. Aux plumes et à la mousse se mêlait désormais du sang.

Tranquillement assis dans des fauteuils, deux hommes assistaient à la scène.
– Dis-moi, quand Cupidon rentre-t-il de vacances ?
– Apparemment, dans les secondes qui vont suivre. Ce n’est pas possible. A chaque fois que je le fais remplacer, un truc de ce genre se produit.
– Personnellement, je préfère ce genre de situation à ce qui s’est passé la fois où Gabriel a assuré l’intérim.
– Il est vrai qu’à cause de lui et la petite Marie, je me suis retrouvé père…

A la radio, les Rita Mitsouko nous rappelaient que les histoires d’amour finissent mal en général.

 

Alors, le titre à la con, c'est censé être : Les vacances de Cupidon.

L’arbre aux Héros

Comme j’ai pas franchement le temps de mettre une nouvelle connerie, je vais en mettre une vieille qui traînait.

 

L’arbre aux Héros

Le petit village de VerzwergenSieEsel, niché dans un vallon perdu au milieu des steppes, abritait une charmante communauté de « barbares ». Certes, le terme de barbares est un peu exagéré. Ce n’étaient que de braves pilleurs de caravanes, qui trouvaient ainsi quelques richesses et quelques marchandises nécessaires à leur survie, ainsi que d’accortes jeunes damoiselles et dames de compagnie. –Les moins affriolantes étaient passées au fil de l’épée. Et occasionnellement, en mémoire du bon vieux temps, à la broche. –  Gentes dames qui, donc, allaient finir, d’abord dans les fourrures des nobles guerriers, puis dans les quelques champs entourant le petit bourg, ceinturé d’un mur de rondins, destiné à protéger des bêtes sauvages locales, tels les communautés voisines ou les mercenaires envoyés pour essayer de récupérer les jeunes vierges. – Généralement, ils repartaient sans combat après avoir vu le traitement réservé aux captives. Et éventuellement tâté de la gueuse, l’hospitalité de VerzwergenSieEsel étant renommée. – Et puis un nain, fossoyeur de son état, capturé lors d’une razzia, et épargné pour quelque raison mystérieuse. – Au choix : ce fut l’un des seuls êtres au monde capable de se boire un tonneau cul-sec de la bière, au rat, locale ; il aimait bien creuser des trous ; une obscure prophétie parlant de jeune barbare et de nain. –

Le principal intérêt de ce bled paumé au fin d’une cambrousse, même pas digne faire partie d’un royaume, était le jeune Igmard. Igmard fut béni des Dieux. Enfin, principalement, il ressorti indemne de la bénédiction de Gnon, le Dieu local, qui garantissait, que l’enfant – uniquement les mâles, il ne faut pas déconner, l’égalité des sexes, c’est pour les dégénérés – serait fort et résistant, en lui balançant un grand coup de massue dans la tête. D’où une forte mortalité infantile et une certaine quantité d’hommes à la face légèrement aplatie. Le destin exceptionnel d’Igmard avait été confirmé par le Grand Devin local, lors d’une lecture dans les intestins de son prédécesseur. Enfant déjà, Igmard promettait. La population rapidement décroissante des chats et des chiens en fut la plus belle preuve. Les rats, premiers habitants en nombre du village, furent épargnés. Ceux-ci étant un composant essentiel de la boisson locale, il était hors de question que les guerriers se privent de bière, même pour s’assurer de l’avenir d’un jeune con. A la puberté, notre petit barbare rendit encore plus fiers d’eux ses congénères. Être une jeune fille nubile, seule, dans les champs ou dans un recoin sombre du village, était le meilleur moyen d’avoir la preuve de la virilité de notre ami à la noble destinée. Sa force et sa beauté exceptionnelle, héritage de nombreuses générations de superbes jeunes demoiselles ayant eu le malheur de prendre un jour une caravane, firent des ravages dans la population féminine, qui compta finalement moins de vierges que de chats.

 

Puis vient le grand jour. Le jour où Igmard eu 16 ans.  Le jour où son Destin s’accomplit. Le jour où Igmard alla à l’Arbre. Tout le village s’était rassemblé à son pied. Une estrade était dressée. Dessus, attendaient le Grand Devin, le père  – montagne de muscles au visage plat balafré – et la mère – ancien joyau des Grands Royaumes, plus très fraîche après avoir eu Igmard et ses 5 frères, passé vingt-cinq ans dans les champs, et reçu les nombreuses preuves d’amour de son mari, si possible en pleine figure et avec élan – d’Igmard.

Igmard s’avança dans un grand silence et monta sur l’estrade. Le devin lui passa la corde au cou. Un signe. Deux des plus forts guerriers se mirent à tirer sur une corde. Igmard s’éleva lentement. Il commença à s’étouffer, à convulser, son visage à s’empourprer. Ses yeux s’exorbitèrent, sa langue gonflée sortait de sa bouche grande ouverte à la recherche d’air. Puis d’un coup, tout s’arrêta. Le corps eu un dernier soubresaut. Igmard n’était plus.

 

Dans les steppes, le Grand Mage ressentit sa mort. Le Héros de la prophétie qu’il recherchait avait disparu. Ses rêves de puissance, de gloire et de pucelles pourrissaient désormais au bout d’une branche.

Du haut de sa tour, la frêle Princesse ressentit sa mort. Sa joie fut immense. Elle allait enfin pouvoir épouser son cousin et non pas un cul-terreux sorti d’on ne sait où.

Loin, dans les terres désolées et glacées du Nord, le Seigneur des Ténèbres hurla sa rage. Le Héros était mort. Les conditions pour l’accomplissement de la Prophétie n’étaient plus réunies. Il ne pourrait pas, cette fois encore, lancer ses troupes à l’assaut des terres fertiles du Sud. Le sort du Monde ne se jouerait point lors d’une grande bataille entre le Bien et le Mal.

Les Terres Connues connaîtraient encore un millénaire de paix. Jusqu’à l’arrivée du prochain Héros.

 

A VerzwergenSieEsel, une plaque fut apposée à l’Arbre :

« Un bon Héros est un Héros mort. »