L’arbre aux Héros

Comme j’ai pas franchement le temps de mettre une nouvelle connerie, je vais en mettre une vieille qui traînait.

 

L’arbre aux Héros

Le petit village de VerzwergenSieEsel, niché dans un vallon perdu au milieu des steppes, abritait une charmante communauté de « barbares ». Certes, le terme de barbares est un peu exagéré. Ce n’étaient que de braves pilleurs de caravanes, qui trouvaient ainsi quelques richesses et quelques marchandises nécessaires à leur survie, ainsi que d’accortes jeunes damoiselles et dames de compagnie. –Les moins affriolantes étaient passées au fil de l’épée. Et occasionnellement, en mémoire du bon vieux temps, à la broche. –  Gentes dames qui, donc, allaient finir, d’abord dans les fourrures des nobles guerriers, puis dans les quelques champs entourant le petit bourg, ceinturé d’un mur de rondins, destiné à protéger des bêtes sauvages locales, tels les communautés voisines ou les mercenaires envoyés pour essayer de récupérer les jeunes vierges. – Généralement, ils repartaient sans combat après avoir vu le traitement réservé aux captives. Et éventuellement tâté de la gueuse, l’hospitalité de VerzwergenSieEsel étant renommée. – Et puis un nain, fossoyeur de son état, capturé lors d’une razzia, et épargné pour quelque raison mystérieuse. – Au choix : ce fut l’un des seuls êtres au monde capable de se boire un tonneau cul-sec de la bière, au rat, locale ; il aimait bien creuser des trous ; une obscure prophétie parlant de jeune barbare et de nain. –

Le principal intérêt de ce bled paumé au fin d’une cambrousse, même pas digne faire partie d’un royaume, était le jeune Igmard. Igmard fut béni des Dieux. Enfin, principalement, il ressorti indemne de la bénédiction de Gnon, le Dieu local, qui garantissait, que l’enfant – uniquement les mâles, il ne faut pas déconner, l’égalité des sexes, c’est pour les dégénérés – serait fort et résistant, en lui balançant un grand coup de massue dans la tête. D’où une forte mortalité infantile et une certaine quantité d’hommes à la face légèrement aplatie. Le destin exceptionnel d’Igmard avait été confirmé par le Grand Devin local, lors d’une lecture dans les intestins de son prédécesseur. Enfant déjà, Igmard promettait. La population rapidement décroissante des chats et des chiens en fut la plus belle preuve. Les rats, premiers habitants en nombre du village, furent épargnés. Ceux-ci étant un composant essentiel de la boisson locale, il était hors de question que les guerriers se privent de bière, même pour s’assurer de l’avenir d’un jeune con. A la puberté, notre petit barbare rendit encore plus fiers d’eux ses congénères. Être une jeune fille nubile, seule, dans les champs ou dans un recoin sombre du village, était le meilleur moyen d’avoir la preuve de la virilité de notre ami à la noble destinée. Sa force et sa beauté exceptionnelle, héritage de nombreuses générations de superbes jeunes demoiselles ayant eu le malheur de prendre un jour une caravane, firent des ravages dans la population féminine, qui compta finalement moins de vierges que de chats.

 

Puis vient le grand jour. Le jour où Igmard eu 16 ans.  Le jour où son Destin s’accomplit. Le jour où Igmard alla à l’Arbre. Tout le village s’était rassemblé à son pied. Une estrade était dressée. Dessus, attendaient le Grand Devin, le père  – montagne de muscles au visage plat balafré – et la mère – ancien joyau des Grands Royaumes, plus très fraîche après avoir eu Igmard et ses 5 frères, passé vingt-cinq ans dans les champs, et reçu les nombreuses preuves d’amour de son mari, si possible en pleine figure et avec élan – d’Igmard.

Igmard s’avança dans un grand silence et monta sur l’estrade. Le devin lui passa la corde au cou. Un signe. Deux des plus forts guerriers se mirent à tirer sur une corde. Igmard s’éleva lentement. Il commença à s’étouffer, à convulser, son visage à s’empourprer. Ses yeux s’exorbitèrent, sa langue gonflée sortait de sa bouche grande ouverte à la recherche d’air. Puis d’un coup, tout s’arrêta. Le corps eu un dernier soubresaut. Igmard n’était plus.

 

Dans les steppes, le Grand Mage ressentit sa mort. Le Héros de la prophétie qu’il recherchait avait disparu. Ses rêves de puissance, de gloire et de pucelles pourrissaient désormais au bout d’une branche.

Du haut de sa tour, la frêle Princesse ressentit sa mort. Sa joie fut immense. Elle allait enfin pouvoir épouser son cousin et non pas un cul-terreux sorti d’on ne sait où.

Loin, dans les terres désolées et glacées du Nord, le Seigneur des Ténèbres hurla sa rage. Le Héros était mort. Les conditions pour l’accomplissement de la Prophétie n’étaient plus réunies. Il ne pourrait pas, cette fois encore, lancer ses troupes à l’assaut des terres fertiles du Sud. Le sort du Monde ne se jouerait point lors d’une grande bataille entre le Bien et le Mal.

Les Terres Connues connaîtraient encore un millénaire de paix. Jusqu’à l’arrivée du prochain Héros.

 

A VerzwergenSieEsel, une plaque fut apposée à l’Arbre :

« Un bon Héros est un Héros mort. »

1 réflexion sur « L’arbre aux Héros »

  1. Hé, pas mal 🙂 Je ne me suis pas doutée du destin, et j’aime beaucoup les réactions des autres “grands personnages” ^^

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