L’Informatique n’est pas un poste de dépenses

Attention, article chiant.
Passez votre chemin.

Depuis que je bosse dans l’informatique – depuis que je bosse quoi –, il m’est force de constater qu’il existe un gouffre en la réalité managériale et la réalité opérationnelle en Informatique.
Quand je parle Manager, je pense à tous ces directeurs et autres, qui n’ont jamais fait d’informatique et qui gèrent leurs Départements Informatique (comprendre Systèmes, réseaux, téléphonie, applicatifs et autres) comme un département comme les autres, soumis à des contraintes de rentabilité, un besoin maladif de faire des économies de bouts de chandelles et autres… Voire même, l’Informatique est considéré uniquement comme un poste de dépenses, un vrai gouffre financier.

Or, aujourd’hui, encore plus qu’hier, il faut bien le comprendre, l’Informatique, dans une société, est un poste d’Investissement.
Bordel ! Crotte ! Zut !
C’est pas difficille à comprendre…
Prenons des exemples bêtes et méchants.
Vous êtes en train de préparer le déménagement ou l’emménagement dans un nouvel immeuble. Vous en profitez, avec l’accord de votre Direction, pour renouveler le matériel réseau. Notamment les switchs. Pour ce faire, et pour bien le faire, vous faîtes un appel d’offres. Appel d’offres auquel vous avez trois réponses.
Réponse A : Société Titi, très connue auprès du concierge de votre CFO, qui vous proposera des switchs de sous-marques, à des prix défiants toute concurrence.
Réponse B : Société TrucMuche, établie sur le marché depuis des années, qui vous propose du matériel standard, de marque, à un prix normal. – Prix qui risque de faire tiquer la Direction néanmoins. –
Réponse C : Société ProsperYouplaBoum, autre acteur majeur du marché, qui vous proposera du haut de gamme, avec la toute nouvelle technologie qui vient de sortir. Et dont le prix est proche de celui de la solution B.
Si l’on ne retient pas l’arguement "Concierge", à votre avis quel sera le fournisseur retenu ?
Le A bien entendu. Car la Direction n’aura vu que l’argument économique. Or, l’équation est largement plus complexe.
Premier point : la qualité du produit. Switchs de sous-marque signifie switchs à fort potentiel de défaillance. Or, à chaque fois qu’un switch va lacher, une partie du réseau sera indisponible. Au mieux une partie des utilisateurs, au pire, une partie des applications. Comme bien évidement, pour éviter de trop dépenser, vous n’aurez pas de stock de remplacement, le problème durera aussi longtemps que le produit ne sera pas réparé ou remplacé. Bien évidement, avec un fournisseur bas de gamme, ou un contrat de maintenance pourri, les délais de d’intervention seront catastrophiques. Et donc l’indisponibilité des applications, ou l’impossibilité de travail pour les utilisateurs seront assez longues. Et ça, ça a un coût… €€€€€… Ce point n’est pas problèmatique pour la réponse B. On a un matériel standard, réputé, fiable, testé.
Pour la réponse C, on parle ici de matériel avec une technologie qui vient de sortir. Donc pas forcément totalement éprouvée. Donc fortement soumise à bugs. Et avec une disponibilité en cas de remplacement qui peut être douteuse. Avec une technologie qui peut tomber dans l’oubli car elle n’a pas eu de succès.
Deuxième point : switch de sous-marque, avec des options de configuration non standards. Ce qui peut induire des pertes de fonctionalités comparé au matériel précédent. De même, avec la réponse C, c’est du matériel non standard. Dans les deux cas, l’équipe qui gère ces équipements n’est pas forcément formée sur ce type de matériel. – Et là, de temps en temps, on vous dira : "Ben, on change pour des prestataires qui savent"… – Le coût de formation / perte de temps passé à se former, délai de réaction en cas de problème pour faire un diagnostic qui sera plus long, tout ceci a encore une fois un coup. €€€€…
Ici, même si c’est le choix le plus conservateur, pas le moins cher, le choix B est le bon. Les coûts cachés sont largement inférieurs comparés aux autres solutions. C’est ce genre de coûts qui ne sont jamais perçus par les financiers. Et c’est le rôle du département informatique, côté opérationnel, que de les faire ressortir. Et si il le faut, en gueulant comme des porcs. – Gruiiiik Gruiiiik Gruiiiiiiik ! – Il en va de leur responsabilité, de leur éthique, de leur conscience professionnelle et surtout, de leur faculté à délivrer dans le futur un service de qualité.
Troisième point : Dans le cas de la solution A, il est évident que les switchs seront du 100 Mbp, le standard actuel pour le réseau. Standard un peu vieillissant. Les deux autres offres proposeront du 1 Gbps. Vitesse de transfert qui se développe de plus en plus, supportée par tous les nouveaux équipements et qui permettra de faire face aux futurs besoins.

 
On va prendre un autre exemple.
Un certain nombre de serveurs sont obsolètes matériellement. Vous devez les remplacer. Problème, un certain nombre d’applications hébergées sur ces serveurs ne sont compatibles qu’avec un OS qui lui, ne supporte pas le nouveau matériel. Aujourd’hui, plusieurs choix s’offrent à vous :
– Solution A : Acheter exactement le même nombre de serveurs physiques neufs. Faire redévelopper les applications / acheter les versions les plus récentes  et tout migrer.
– Solution B : N’acheter que le matériel nécessaire au remplacement des serveurs dont les applications sont compatibles et garder en réserve les vieux serveurs ainsi libérés en pièces de rechange pour les serveurs dont les applications ne peuvent être migrées.
– Solution C : Virtualiser. Ce qui implique d’acheter un matériel plus conséquent. Mais derrière, vous serez capables d’avoir des machines virtuelles tournant avec les vieilles versions et des machines virtuelles tournant avec les nouvelles versions. Ce type de solution est largement plus coûteux que les deux précédentes et nécessite un vrai projet et des personnes qualifiées derrière.
Si on voit l’Informatique comme un poste de dépenses pures, il est évidement que la solution C sera exclue. Si on voit cela comme un investissement, c’est la solution C qui doit être retenue.
Pourquoi ?
Parce que la virtulisation, c’est l’avenir. C’est con comme c’est dit comme ça, ça fait pub, mais c’est vrai. – Et puis c’est mon gagne-pain. –
En virtualisant, vous faire de l’optimisation de ressources, de la consolidation d’infrastructures, vous vous affranchissez de certaines contraintes matérielles – genre vous pouvez faire tourner sans problème un serveur NT 4 sur une VM. Essayer de la faire sur une machine actuelle. Vous n’aurez même pas les drivers pour installer l’OS –, etc etc etc…  Bien évidement, il faut monter son architecture correctement, avec des possibilités d’évolutions. – Très important ce point. Et souvent négligé. Or, quand la virtualisation pénètre dans une entreprise, elle prend de plus en plus d’importance. –
Bref, on voit, un renouvellement de serveurs est un vrai investissement. Il faut faire des études pour voir les meilleures solutions, étudier les impacts, etc etc.
Bref, ce n’est pas une dépense telle que l’achat d’une clé USB.

De même, le personnel en informatique est un véritable investissement.
Si l’on prend l’exemple du grouillot de base qui fait du support, on est actuellement en face d’un phénomène assez inquiétant dans les sociétés. Le but n’est pas de prendre le prestataire le plus compétant. Naaaaaaan, ce serait trop facile. Le but est de tirer les prix au maximum et de prendre le moins cher.
Or, un support pas cher, c’est un mauvais support. Déjà, vous aurez des grouillots mal payés. Donc pas motivés. Ensuite, les grouillots pas chers, ben… Ils ont des connaissances réduites. On ne leur demande pas d’avoir Bac+2 ou 5. Mais d’avoir des connaissances de base. D’être capables de résoudre des problèmes de bases – Genre "Pourquoi le répertoire il a un fond avec une image avec des bulles" –, de savoir faire un diagnostic, de savoir utiliser les logiciels de bases – et de ne pas me déranger par Nero est configuré avec le graveur Image Recorder et pas le graveur physique… –
Parce qu’avec un support inefficace, vous allez avoir des problèmes. Les résolutions d’incidents vont être plus longues – et donc les collaborateurs impactés ne pourront pas travailler plus longtemps –, les supports de niveaux supérieurs vont devoir intervenir plus souvent – voire même, les utilisateurs les appeleront directement, ce qui provoquera de la pagaille – et le ressenti client sera mauvais.

Encore une fois, il faut comprendre que l’informatique est un investissement. Si on se contente de solutions pas chères au rabais, au bout d’un moment, on en paye le prix. La qualité, c’est important. Ca signifie souvent moins de problèmes.
Et non, quand il y a moins de problèmes, on n’en profite pas pour faire des économies puisque tout marche bien… Parce que sinon, la qualité baissera, les incidents se multiplieront et rebelote…
Il faut arrêter de penser à court terme. Surtout dans les budgets informatique.
Prenons le cas du renouvellement d’un poste de travail.
Il faut prévoir que :
– le poste de travail puisse faire tourner les applications / OS actuels.
– le poste de travail puisse faire tourner les applications / OS des trois prochaines années.
– que le poste puisse subir des évolutions matérielles. – plus de mémoire par exemple –
– que le matériel qui le compose soit standard.
Bref, pas un espèce de Small Form Factor à 250 €…
Parce que sinon, au lieu de changer les postes tous les 3 ans – amortissement standard dans l’industrie même si aujourd’hui, du fait de la crise, on pousse ça vers 4 ans – vous devrez en changer tous les ans pour faire face aux besoins grandissants des utilisateurs.
– Et pas questions de cartes graphiques de la mort qui tue dans un poste de travail standard pour des gens qui font essentiellement de la bureautique. C’est un poste de travail, pour travailler. Pas pour jouer. Ca, c’est de la dépense inutile qui ne doit pas être portée par une société. Vous voulez jouer au bureau ? Ben prenez des consoles portables ! –
 
Et donc, gentils utilisateurs, la prochaine fois que l’informatique merde dans votre société, blâmez les manageurs, pas les geeks de service.

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